Le handicap, c’est comme la danse : ça ne s’explique pas, ça se vit.

En début d’année, je cherchais à m’exprimer, à dire des choses que les mots ne pouvaient pas transmettre. Alors je me suis mise à chercher. Un peu par hasard, j’ai pensé à la danse contemporaine. Puis, quand j’ai trouvé l’atelier ELLES dansent! proposé par Circuit-Est, je me disais que c’était un signe. L’univers qui m’envoyait un vecteur de transmission pour des pensées que je ne savais pas dire à haute voix.

À l’atelier d’essai, je ne savais pas très bien ce que je faisais là, je m’y suis rendue avec tout ce que j’avais de courage en espérant y trouver une raison de rester. Et quand je me suis mise à bouger, sous le regard et la direction de Catherine Tardif et Sarah Dell’Ava, je comprenais que j’étais au bon endroit au bon moment. J’entendais mon corps me dire des choses que je ne voulais pas entendre et avec lesquelles je n’étais pas prête à faire face. Mais là, pieds nus, je le sentais différent. Je me sentais LIBRE. Les barrières entre le valide et le non-valide s’effaçaient jusqu’à devenir un flou artistique presque imperceptible.

J’aime à penser que chacun de mes pas, de mes choix, m’a menée où je suis aujourd’hui, à côtoyer les personnes de mon quotidien. Je suis née en Suisse, pays des montagnes et du chocolat. Abondance de denrées, de verdures, d’eau et de soleil comme le veut le mythe. Alors que je grandis auprès de parents aimants et d’un frère tantôt protecteur, tantôt taquin, j’intègre l’idée que je ne suis pas handicapée. Je l’entends d’un si grand nombre de personnes que j’oublie de quelle catégorie je fais partie. Je force avec force, je me fatigue à essayer à me conformer à une norme qui n’est pas la mienne. Aucune case ne m’appartient vraiment. Bloquée dans l’éternel flou juridique entre le monde des valides et celui des personnes en situation de handicap — qu’on se complait à imaginer totalement dépendant d’autrui.

Et pourtant, je suis indépendante, autonome, forte et ambitieuse. Je veux sauver le monde. Je chemine sinueusement dans mon quotidien, toujours le cœur gai. Perchée sur mes chaussures de salsa, je bouge mon bassin et mes jambes comme si demain n’arrivera jamais. Mon éducation me mène à pousser les réflexions toujours plus loin. Un beau jour je rencontre le FÉMINISME qui changera ma vie et ma vision du monde à jamais. Ce mot me donne un sentiment d’appartenance, une vision plus claire de ce que je veux pour mon avenir : me battre bec et ongles pour mon indépendance. Lorsque je voyage pour la première fois au Québec, je tombe en amour. Coup de foudre entre mes valeurs et celle d’un pays, de gens, de sourires, d’un accent et d’une multitude de possibilités. Revenir en Suisse est un choc à ma propre culture, je sens que je n’y ai plus ma place, un autre avenir m’appelle outre Atlantique. Je finis mon bac en Travail Social, je reviens à Montréal pour y voir mes ami.e.s, m’inscrire à l’université, je rencontre un Québécois dans un bar et tout est de plus en plus évident. Ma place est ici, nulle part ailleurs.

Sur la scène de la salle Jeanne-Renaud au Centre chorégraphique Circuit-Est le 15 juin dernier, j’ai raconté ma solitude et mes peurs d’avoir à affronter le monde avec mes bras difformes. J’ai raconté mon désir d’être entourée et comprise par mes pairs. J’ai dansé les rencontres qui ont changé ma vie à jamais, l’amour qu’on peut ressentir à la vision d’un regard qui dit « je sais ». ELLES savent. ELLES comprennent.

Grâce à VOUS, je donne un sens à ma vie, à ma carrière et à mon avenir. JE SAIS OÙ JE VAIS, et j’y vais en dansant. Merci.

Tendrement vôtre,

Gwendoline

7 commentaires en “Le handicap, c’est comme la danse : ça ne s’explique pas, ça se vit.

  1. Merci pour ce magnifique partage, riche de vérité Gwendoline. Suzanne

  2. Il a 30 ans, un choc émotionnel m’est tombé dessus ! Une petite fille m’a été donnée par le ciel avec de petits bras difformes. Mon premier enfant ! Un mois s’écoule pour me réveiller de ce terrible cauchemar. Dès cet instant, avec son papa, nous avons tout mis en œuvre pour qu’elle puisse avoir une vie « normale » si je puis m’exprimer ainsi. Physio, ergo, chirurgie, etc… À 8 ans cette petite fille me demanda : maman, pourquoi mes bras ne sont pas comme mes amis ? J’en aurais pleuré ! Mais il fallait être fort, donc je lui répondis que chaque être, chaque plante, chaque arbre est différent, et que la beauté vient de l’intérieur et aussi de la différence.
    Cette image, a fait sont chemin jusqu’à aujourd’hui, alors que cette petite fille est une femme aujourd’hui.
    L’acceptation de la différence est un long chemin. Je souhaite de tout mon cœur que tu l’ai atteint MA FILLE ❤️

  3. Gwendoline….quelle belle plume tu as.
    Tes bras ne sont pas difformes. Ils sont toi…Tu es belle et tu danse merveilleusement bien. J’ai été bouleversée par ta façon de danser. Et, je ne suis pas la seule.

    Merci pour ta générosité de corps et de cœur….

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